L'écologie

Les oiseaux

Quelles conditions réservons-nous aux oiseaux sur notre terrain de jeu ? Nous pouvons nous réjouir, le cadre de vie pour l’avifaune est bon, voire très bon, comme en témoigne une étude effectuée avec le concours d’un spécialiste. Sur les cinquante hectares de notre terrain, la visite a permis de voir ou d’entendre de nombreuses espèces d’oiseaux qui profitent de tous les milieux intéressants. La diversité de cet environnement permet à de nombreuses espèces de vivre dans de bonnes conditions. En outre, la pose de quatorze nichoirs pour les petits passereaux a permis de renforcer l’attractivité du site.

Voici le portrait de quelques espèces que nous trouvons sur le terrain, en commençant par la plus omniprésente de toutes, la corneille noire.

La corneille noire 

Carrion-crow / Rabenkrähe

 

Bien connu des golfeurs, voici, sans doute, l’oiseau le plus malin de la gent ailée. Peut-on parler d’intelligence ? Presque. Quel  oiseau sait ouvrir une fermeture éclair ? Quel oiseau est capable de si bien s’adapter à l’homme, dont il sait parfaitement identifier les intentions. S’il affiche une certaine bienveillance, la corneille s’en approchera, certes avec prudence, espérant en tirer parti. Par contre, elle comprend ce qu’est un fusil et elle prendra ses distances. A la campagne, elle s’habitue rapidement aux épouvantails et autres artifices censés l’éloigner. Parlons maintenant de son nom. Il s’agit bien de la corneille, et non d’un corbeau comme on l’entend souvent. Elle fait partie de la famille des corvidés, comme, bien sûr, les corbeaux freux ou les grands corbeaux dont elle est très proche.

Que mange-t-elle ? Son goût pour les sandwichs qu’elle pique dans les sacs de golf est bien connu, sinon sa nourriture est d’une variété incroyable. Elle recherche tout ce qui peut lui apporter quelques calories, surtout des graines, déchets, fruits et petits animaux. Les canetons du 15 en pâtissent année après année.

La corneille construit son nid à grande hauteur dans les arbres et notre terrain abrite de nombreux nids. Les couples  restent unis pour la vie et élèvent généralement 5 oisillons par année. Ces derniers quittent le nid après 4 à 5 semaines. Cet oiseau est sédentaire, c’est-à-dire qu’il restera chez nous durant l’hiver, ce qui signifie également qu’il trouvera à se nourrir.

D’une manière générale, son abondance pose problème. Ses prédateurs naturels, soit le faucon pèlerin et l’autour sont trop peu nombreux pour en limiter le nombre de manière significative. Les tirer est inutile, les populations voisines combleraient immédiatement les vides.  Que faire ? Mangeons nos sandwichs sans tarder !

Corneille noire

Le canard colvert

Mallard / Stockente

 

Le trou numéro 15 et ses étangs est une source d’angoisse pour bien des golfeurs. Par contre, compensation plaisante, il permet, chaque printemps, d’observer une nichée de canards colverts. Le couple trouve là les conditions idéales à sa nidification. Des buissons où il peut s’abriter, de l’eau et de la vase qui lui permettent de trouver sa nourriture. En barbotant, le colvert découvre les graines, invertébrés et plantes aquatiques qui lui conviennent.

Les couples se forment durant l’hiver déjà.  La femelle pond une dizaine d’œufs dans un nid qu’elle a construit dissimulé dans la végétation palustre ou dans la prairie bordant l’étang. Il est peu probable qu’elle utilise le nichoir flottant que l’on peut voir sur le petit étang.  La nichée compte une dizaine de canetons, nombre qui semble élevé mais qu’il faut revoir à la baisse, tant la mortalité juvénile est important, mortalité due aux intempéries et à la prédation. Les jeunes ont tous le même plumage, ressemblant à celui de la femelle. Sauvage, apprivoisé, semi-apprivoisé ? Pour des raisons cynégétiques, des lâchers  de colverts d’élevage ont été effectués à partir de 1970, modifiant fondamentalement  l’ensemble de la population en introduisant des comportements, certes sympathiques, mais pas du tout en accord avec la vie sauvage. Il n’est pas naturel que les canards viennent quémander leur pitance aux golfeurs de passage. Reste que ce canard est abondant, surtout depuis que la pression de la chasse a diminué.

Canards au GC Lausanne

A propos prédation….

Il n’y a pas de milieu naturel sain sans ses prédateurs. La prédation est un élément essentiel de la vie dans la nature. Après la maladie, le manque de nourriture et les accidents, elle limite une population trop nombreuse. Que se passerait-il si tous les Colverts parvenaient à l’âge adulte et se reproduisaient ? La Corneille, par contre n’a pas de prédateurs influant de manière significative sur sa population. Son abondance devient très gênante. Aussi  souvenons-nous que si la nature est belle, elle n’est pas bonne.

Renard Bernhard Hürbin

La sittelle torchepot

European nuthchat / Kleiber

 

La sittelle torchepot fait penser à un pic car on la voit le plus souvent courir sur les troncs, son talent de la grimpe lui est même supérieur, en outre, elle est capable de descendre la tête en bas, ce que ne peuvent faire ni les pics, ni les grimpereaux. Les grands arbres du golf lui conviennent parfaitement, elle trouve sa nourriture en explorant les écorces, où elle trouve de nombreux insectes et larves de toutes provenances. Elle consomme également des végétaux, des graines ou des glands dont elle fait des provisions, qu’elle cache dans les anfractuosités des écorces. Souvent, elle les oublie, ce qui fait le bonheur des autres oiseaux. Elle niche dans les trous d’arbres, vieux nids de pics dont elle réduit l’ouverture avec de la boue.  On l’a vu, un nichoir est bienvenu, car la sittelle niche exclusivement dans une cavité. Lorsque la femelle a choisi son domicile, elle vide les débris qu’elle y trouve, et aménage son propre nid. Détail intéressant, l’oiseau colmate les interstices avec de la boue. La ponte compte  6 à 8 œufs, que Madame couve en moyenne 15 jours. Le couple  nourrit les jeunes pendant deux semaines environ, puis la famille quitte le nid et n’y revient plus. La sittelle torchepot ne s’éloigne guère de l’endroit où elle a niché, à condition d’avoir  assez de nourriture. Le printemps suivant, le couple, qui reste uni pour la vie, occupera la même cavité.

Sittelle torchepot

A propos nichoirs ….

Les nichoirs ne sont acceptés que par les oiseaux qui nichent naturellement dans des cavités. C’est le cas des mésanges, des sittelles et des gobemouches noirs. L’oiseau veut aménager son nid selon son instinct, si bien qu’il doit être vidé après usage. D’autre part, il est inutile d’y apporter de la nourriture. Les merles, pinsons, verdiers, fauvettes et bien d’autres espèces nichent dans les buissons et construisent leurs nids à l’abri du feuillage. Ils n’utiliseront jamais un nichoir. La pose de nichoirs est importante, voire vitale, pour de nombreuses espèces d’oiseaux. Sans eux, le faucon crécerelle aurait de la peine à maintenir ses effectifs.

Nichoir
Faucon hobereau

Le faucon hobereau

Hobby / Baumfalke

 

Niche-t-il sur ce bouleau, au départ du 5, dans un vieux nid de corneille ? Peut-être. Ce qui est sûre, c’est qu’on peut l’apercevoir de temps à autre sur le terrain. C’est un privilège que de pouvoir l’admirer, rasant le fairway du 4 à pleine vitesse, comme un avion de chasse de dernière génération.  Le faucon hobereau est un prédateur. Il se nourrit de petits oiseaux qu’il capture en vol, il aime poursuivre les hirondelles mais capture aussi les gros insectes comme la libellule ou le hanneton. La ponte, généralement trois œufs, débute assez tard, soit en juin, profitant du départ du nid des corneilles ou des pigeons ramiers plus précoces dans la saison. Le faucon hobereau est un oiseau migrateur, son menu se compose largement de proies qui sont absentes de nos contrées en hiver. C’est pour cette bonne raison qu’il quitte notre pays en octobre pour revenir en avril. Pendant l’hiver, il prendra ses quartiers en Afrique de l’est et  jusqu’en Afrique australe.

A propos migration ….

Nous avons vu que certaines espèces restent toute l’année dans notre pays. D’autres le quittent à la fin de la belle saison pour des régions plus clémentes. Un ou deux milliards d’oiseaux partent d’Europe pour l’Afrique et reviendront le printemps suivant pour nicher. Les causes de ces migrations sont encore mystérieuses. La température et la nourriture ne sont pas les seules explications, semble-t-il. Quoi qu’il en soit, on ne peut que rester admiratif, lorsqu’au printemps, des oiseaux pesant quelques grammes reviennent après avoir parcouru 5 ou 8000 kilomètres.       

Le pinson des arbres

Common chaffinch / Buchfink

 

L’oiseau le plus commun de Suisse est le . . . non, ce n’est pas le moineau, mais bien le pinson des arbres. Et de loin; alors que le moineau se trouve toujours près des habitations humaines, le pinson, lui, colonise les forêts et les parcs. On le trouve partout où il y a des arbres, soit jusqu’à une altitude de 2000 mètres. Notre terrain ne fait pas exception, on entend souvent sa trille, chant assez monotone mais joyeux, qui lui doit sa réputation de gaité. Le pinson se contente du moindre bosquet pour construire son nid, placé sur la fourche d’une branche. Bien camouflé au milieu du feuillage, c’est une cuvette de brindilles et de tiges sèches enchevêtrées. Le fond sera garni de mousse, de plumes et de crin,  assurant une bonne isolation. La femelle y pondra  4 ou 5 œufs ; lorsque la météo est favorable, il n’est pas exclu qu’elle élève une deuxième couvée. Les oisillons sont nourris pendant une douzaine de jours, puis la famille quitte le nid et les jeunes prennent leur indépendance trois semaines plus tard.

Et les nichoirs ? Ils ne présentent aucun intérêt pour le pinson, son instinct le pousse à construire son nid à l’air libre, malgré la protection supérieure que lui offrirait le nichoir, aussi bien contre les prédateurs que contre le mauvais temps.

 

Jean-Paul Humm, membre du GC Lausanne passionné d’ornithologie

Pinson des arbres